René Delécluse



Secrétariat International Rapport de René Delecluse.

de la J.O.C,

78, Boulevard Poincaré, Juillet 1956.

Bruxelles.

Réservé aux membres du Bureau



LA J.O.C. EN INDE.

Avant de parler de la J.O.C., j'éprouve le besoin de rappeler les dimensions de l'Inde. Ses dimensions géographiques, la dimension, la complexité et l'urgence des problèmes angoissants qu'elle a à résoudre. Les dimensions et la diversité de sa population sans cesse croissante. L'Inde est tellement grande et diverse, qu'elle est difficile à « saisir », à comprendre, môme pour les Indiens.

Tout bouge, tout remue, tout évolue d'un bout à l'autre de ce vaste pays. Le mouvement peut-être plus ou moins lent selon que l'on analyse un problème ou un autre, il n'en est pas moins évident et certain. Les « tentions » qui animent ce pays sont nombreuses et diverses ; villes et villages, castes et outcastes, traditions et progrès, travail au rouet et travail électronique, mysticisme et matérialisme, ouvriers et patrons, états linguistiques et unité nationale, Orient et Occident, misère et luxe, masses et organisations, Nord et Sud, non-violence et renforcement de police..... Tout élément agit sur l'autre et le conditionne plus ou moins. Que sortira-t-il de cette immense fermentation ? Ce n'est pas facile à deviner. Disons seulement que l'action menée par le gouvernement indien ces dernières années a été gigantesque et effective en de nombreux secteurs de la vie du pays.

Où sont les catholiques dans ces masses en mouvement ? D'abord il sont bien peu nombreux. De plus dans ce pays où déjà entre Hindous chacun se veut différent de son voisin, les catholiques le sont plus encore de par leur religion, leur langue (goans, aborigènes, anglo-indiens...), leur genre de vie, leur mentalité. Dans le Sud, la langue et les aspects extérieurs de la vie quo- dienne sont certainement plus identiques, mais les autres différences demeurent. Afin d'ajouter encore à la diversité du pays, il y a parmi les catholiques, les différents rites, les différents ordres religieux, un clergé indigène mais aussi des missionnaires étrangers de différents pays, immenses différences aussi dans leur activité sacerdotale...depuis le jardin botanique d'un vieux Père français qui a 54 ans d*Inde à son actif, jusqu'aux dictaphones du Jésuite américain qui vient de s'installer dans son Institut des Relations Humaines du Travail. Le moins que l'on puisse dire est que la vie en Inde n'est pas monotone.

Un océan traversé par de multiples courants...l'Inde.

Un tout petit courant parmi tant d'autres les catholiques.

Une goutte d'eau dans le tout petit courant... la J.O.C.

Et cependant il faut qu'elle existe cette J.O.C, car elle est indispensable et si petit qu'elle soit, elle porte en elle de grands espoirs.



I. SURVOL DE LA JOC EN INDE.

- BOMBAY . 3 ou 4 sections gars - 2 sections filles.

La section de Dabul du Père Salazar et de Francis Çoutinho est de loin la meilleure. Dynamique elle atteint une centaine de gars et de filles. Quelques militants ont déjà mené plusieurs actions personnelles de grande envergure. Si l'on trouve un commentaire d'Evangile à toutes les réunions il n'y a pas d'enquête, pas d'action collective, pas de services, par d'action représentative. A Dabul, comme dans toutes les autres sections de Bombay, tous sont Go ans et presque tous sont employés.

La section de St. Stephen avec le Père Gomès et Anthony Pereira fut la première fondée à Bombay par le Père Galéa. On veille à co que le prestige passé reste vivant, mais en fait, aujourd'hui, il n'y a plus que des réunions de soi-disant militants avec un malheureux commentaire d'Evangile. Tout cela est bien peu différent d'une « Sodality » dont tous les militants sont par ailleurs membres.

J'ai entendu parler de sections dans une ou deux autres paroisses, je n'ai pas eu le temps de les visiter. J'ai aussi entendu parler de quelques prêtres qui avaient été aumôniers de sections. En fait, pas ml de sections ont existé ici ou là, puis elles ont disparu. Ce mouvement « up and down » est très dangereux car il pourrait décevoir beaucoup de gens avant môme que la J.O.C, ait réellement existé.

Il n'y a que deux sections, c'est bien suffisant pour qu'il y ait mésentente et que de ce fait une organisation régionale ne soit pas possible. La collaboration est difficile entre Anthony Pereira, secrétaire régional en titre, mais membre peu vivant d'une section peu vivante, elle aussi, et les dirigeants de Dabul peut-être un peu trop conscients de leur supériorité. Réunions régionales très espacées donc, et inutiles...

Les aumôniers. Mgr. Lobo a été chargé par le Cardinal des relations avec la J.O.C. (l) ; de fait, il n'en est pas l'aumônier. C'est très sincèrement qu'il essaie d'aider la J.O.C., mais il n'en a guère le temps. Il a organisé quelques réunions d'aumôniers, on n'y était pas très d'accord, quelques décisions de Mgr. Lobo ont été plus ou moins bien accueillies... et tout est à l'eau. Mgr. Lobo ne voit plus très bien que faire. De tout coeur, il a misé sur . le voyage du Père Salazar en Europe, et il a fait beaucoup pour ce voyage.

Comment peut-on aider Bombay sans laïc et sans aumônier réellement responsable ? Je ne sais si je pourrai y faire quelque chose avant le retour du Père Salazar ; celui-ci d'ailleurs avant son départ se confinait jalousement à sa seule section.

J'ai rencontré le Cardinal. Accueil très cordial, il souhaite beaucoup le succès de notre entreprise. Le Père de Steenhault a réellement fait du bon boulot. Sa section st hélas unique en son genre en Inde. Elle est composée d'ouvriers d'aciéries vivant dans de misérables quartiers ouvriers, communiant aux aspirations de leurs camarades de travail si pas toujours à leur lutte parfois très violentes. Ils ne parlent que l'hindi, encore qu'ils ne soient ni Bihares, ni Bengalis. Ils ont mené quelques actions collectives et ont tous une certaine influence personnelle. Tout cela est bon, surtout que beaucoup de prêtres disent que les vrais indigènes ne sont pas capables de mener une action jociste. Le Père de Steenhault prouve le contraire. Mais Asansol est bien isolé pour être bien soutenue, et plus encore pour rayonner et créer d'autres sections. J'ai eu l'impression qu'ils plafonnaient un peu. Ici encore commentaire d'Evangile mais pas de Social Enquiry.


CALCUTTA. 4 sections de gars + 2 pré - 5 filles + 2 pré-JOC.

Comme la situation est bien différente de ce que j'ai pu lire ou entendre de ce qu'il y avait il y a quelques années ! En fait, le départ de Stephen Fernandez au séminaire et le départ du Père Galéa ont décapité la J.O.C.

Il ne reste qu'une série de petits clubs où l'on se félicite l'un l'autre, où l'on s'épuise en de stériles examens de conscience, si l'on n'évoque pas le passé, afin de pouvoir critiquer le présent. Bien sûr, commentaire d'Evangile, mais pas de Social Enquiry. Majorité d'employés d'Anglo-Indiens. Néanmoins, il y aurait quelque chose à faire et quelque chose peut se faire avec tous ces aumôniers de sections car il y en a de nombreux, comme avec quelques gars et quelques filles. Une positive et authentique action jociste présentée avec dynamisme pourrait créer l'indispensable nouvelle atmosphère psychologique ! Pourra-t-on la lancer cette action ? Je n'en sais rien. Le Père Cordério a la lourde charge d'être le successeur du Père Galéa, ancien professeur d'école, il a étudié très consciencieusement la JOC dans tous les livres qu'il a pu trouver, mais sa connaissance pratique ne va pas loin... il doute de lui, si pas de la J.O.C. Jo Pais, ce « brave et fidèle » secrétaire, qui, je le crains, n'a rien d'un leader. Ce tandem pourra-t-il faire jaillir l'étincelle ? Ils m'ont invité à revenir à Calcutta pour un mois en vue de préparer avec les leaders une session d'étude. Est-ce que ce sera suffisant ?


MADRAS. 8 sections gars + 1 pré - 8 sec. filles + 2 pré-JOC. A noter que les 2 groupes pré-JOC filles sont « Tamil speaking » sections, et qu'il y a un groupe d'usine parmi les 8 sections gars.

Après le voyage de Mgr. Cardijn et de Pat, sur l'ordre express de Mgr. Mathias, le Père Netto a démarré en trombe les 16 sections existantes dont il était le seul et exclusif aumônier (l). Le Père Thomas Joseph qui tout en gardant son école de relations humaines du travail a succédé au Père Netto a hérité du fait accompli sans rien, pouvoir y changer pendant la longue absence de l'archevêque. (Une première réunion de futurs aumôniers a déjà eu lieu depuis).

Ici encore, gars et filles pleins de bonne volonté si pas animés par une générosité « totale ». On recherche désespérément ce que l'on pourrait faire et l'on est très heureux que Monsieur le Curé vienne à notre secours en nous proposant de l'aider dans une activité paroissiale classique. Il y avait une enquête sociale au début, puis elle disparut ! Moitié d'Anglo-Indiens et moitié de Tamils parlant anglais et vivant à l'anglaise. Tous m'ont accepté avec joie, et se lancent avec coeur dans les suggestions que j 'ai pu faire à l'un ou à l'autre d'entre eux.

Père Netto maintenant à Vellore y a démarré une « Tamil speaking » section. C'est tout ce que je sais à ce sujet.



DANS LES AUTRES VILLES VISITEES.


Pas de J.O.C, dans les autres villes visitées pendant mon voyage ;

Bolcaro, Ranchi, Gumla, Jamshedpur, et Bangalore. Pas de J.O.C, non plus dans les villes visitées avec le centre de la WAY : Ahmedabad, Baroda, Anand, New and Old Delhi, Agra, Jaipur.

J'ai entendu dire que la J.O.C, a existé à Madurai et à Pondicherry. Plus rien aujourd'hui.

L'analyse de ce qui est tente dans, ces différentes villes, de ce qui pourrait favoriser la J.O.C, ou au contraire s'y oppose, serait passionnante, mais nous entraînerait trop loin. Ce sont tous les aspects de la vie en terre de mission qu'il faudrait aborder. Peut-être un jour trouverai-Je le courage nécessaire pour attaquer ce problème.



II. QUELQUES ACTIONS POSSIBLES. QUELQUES QUESTIONS.


Il m'a fallu traverser plus de 5.000 kilomètres pour inventorier ces quelques 30 sections. Sauf Dabul et Asansol, ailleurs nous avons l'étiquette mais pas l'esprit. C'est étonnant tout de même comment des gars et des aumôniers peuvent s'accrocher à la J.O.C., l'aimer, sans pour autant la connaître réellement. Le prestige international, c'est tout de même quelque chose d'important.

1/ Je crois que la première chose à tenter est de rendre authentiques les sections qui existent. Pour le moment, j'insiste surtout sur le « sens des réalités ouvrières » par l'enquête sociale, et sur le « sens du milieu » par l'équipe d'action du militant. Cela donne déjà des horizons plus larges à la religion, tout en la rendant en même temps plus personnelle ; c'est dynamique ! En présentant ces deux points, je souligne toujours leurs aspects missionnaires. Aujourd'hui dans les villes, il n'y a plus moyen de vivre au sein de « sa » communauté. A l'usine, au bureau, dans les transports, si pas toujours dans les quartiers, on est en contact quotidien avec des Hindous, des Musulmans, l'enquête menée au rès d'eux, si pas avec eux, va faire que dans les réunions jocistes, c'est toute la jeunesse ouvrière qui sera présente. Si l'équipe d'action semble trop difficile à certains, essayons tout au moins l'équipe d'amitié i Contacts, amitié, enquêtes, action, ces moyens élémentaires que la J.O.C. propose nous mettent dès la toute première action dons une perspective et une situation missionnaire. Ces transformations sociales, cette vie ouvrière qui « malaxe » des gens si différents les uns des autres, elle est pour nous une occasion providentielle de voir plus d'union entre les hommes, elle est la matière première de notre action apostolique ! Mais pour être compris, tout cela demande déjà un renversement complet des perspectives pendant lesquelles on a toujours vécu... pas facile.

2/ La J.O.C. peut et la J.O.C. doit s'étendre. Elle le doit car le mouvement ne vivra en Inde que s'il s'étend. Nous ne pouvons pas nous contenter de nos 30 sections même si un jour elles sont toutes authentiques. Il nous faut un cadre plus large pour avoir l'indispensable dynamisme et un champ suffisamment grand pour permettre une confrontation d'un grand nombre d'expériences et permettre de dégager des « hommes ». Par ailleurs la J.O.C. peut s'étendre. C'est étonnant comme elle est connue, comme on parle d'elle avec sympathie. Le voyage de Mgr. Cardijn et de Pat, son prestige international, comme l'urgence des problèmes qu'elle essaie de résoudre sont à l'origine de ce climat, je crois. Mais c'est bizarre,on ne la démarre pas pour autant. Je crois qu'en donnant un petit « push » ici ou là, ainsi qu'en proposant des moyens pratiques, je crois que l'on pourra étendre assez rapidement notre champ d'action. Dans quelques semaines, je commencerai certainement mes tournées de défrichages dans les environs.

Tout en lançant ces étapes préliminaires, je dois aussi songer aux questions qui se poseront assez rapidement, je l'espère.

a/ Le besoin d'un laïcat ouvrier est évident et urgent. Peu le reconnaissent, et parmi ceux qui l'acceptent, très peu peuvent le prouver en « termes indiens ». Ce n'est pas seulement en fonction de ce qui s'est produit en Europe dans le siècle dernier qu'il nous faut montrer la nécessité d'une J.O.C, Il faut le démontrer à partir de la situation de l'Inde d'aujourd'hui. Cela demande pas mal d'études, de contacts. Les considérants de base de la J.O.C. ne sont pas systématiquement les mêmes... fierté ouvrière ? solidarité ouvrière ? les sentiments des gars envers les filles que j'aurais cru universels, même ça ici, ce n'est pas la même chose. Il faut découvrir les problèmes, la psychologie, les possibilités d'action. Millions de chômeurs, que faire ? Tout le monde est endetté, que faire ? Et les salaires si bas ? ... Des petites enquêtes sont en cours sur ces différents problèmes à Madras. Il me faut lentement découvrir avec les gars. Moi je trouve cela passionnant, mais je m' aperçois souvent que je suis le- seul « passionné » de la réunion !

b/ Nous courons le grand risque de nous épuiser à construire « dans la douleur » une petite J.O.C. mais qui en tant que telle serait à côté de la masse, de la vraie masse. L'enquête, je le disais plus haut, est un premier pas missionnaire, mais il y en a d'autres plus structurels.

quartiers ou milieux de travail ? Dans le Nord, les quartiers sont des quartiers où l'on vit entre gens de la même religion ; quartier hindou , quartier musulman, quartier chrétien. Dans le Sud, c'est un peu plus mélangé. Mais partout, c'est dans l'usine et le bureau que l'on est forcé de vivre « avec eux » ! i Ne faut-il pas donner une importance toute spéciale aux sections d'usines et de professions ?

Vernacular ou Anglais ? Dans le Sud il y a beaucoup de jeunes catholiques qui ne parlent que Tamil ou Telegu ou Malayale. Cependant c'est avec des « parlant anglais » qu'on a démarré la J.O.C. Pourquoi ? Bien que je ne la connaisse pas encore suffisamment (et comment le pourrais-je ?), j'ai déjà cueilli quelques éléments prouvant que les problèmes et encore plus la psychologie des « non English speaking » sont bien différente des autres. Dans le Nord, c'est plus compliqué. Pas de catholiques parmi les Maharastas, les Gujerats, les Bengales, les Sicks, etc... Pas ou peu, mais presque toujours le catholique est devenu un « outcaste ». Comment démarrer de plein pied dans la masse ? Je crois que les « parlant anglais » comme les « d'une race différente », ai je puis les appeler ainsi, seront indispensables. Mais il faudra les marteler du « sens des autres ».

rue ordinaire ou slum area ? Ce que j'appelle la rue ordinaire est une rue affreuse et une rue aux misères épouvantables, même si c'est une rue classe moyenne. Néanmoins dans la « slum area » parmi les « huts dwellers », la vie est différente. A Madras, j'ai visité un quartier de huttes ; il y avait 22.000-personnes qui vivaient dans ce district. La vie, la mentalité, la profession, les problèmes sont différents. Là, il y a des catholiques... on pourrait démarrer.-Ceci c'est dans le Sud, dans le Nord, il y aura encore la barrière de la langue. Mais il faudra bien un jour que les jocistes se mettent à apprendre la langue qui est parlée par les millions de personnes vivant autour d'eux. Quand je parle de ceux qui vivent dans des huttes, vous savez que je parle d'indiens et non pas de sauvages. Je crois que l'on pourrait avoir là de vrais militants. Il sera peut-être plus difficile d'avoir des filles dans oes districts. Mais-il faudra voir, personne n'a encore-tenté.

le problème d'une J.O.C. dans la masse puis plus tard, j'espère d'une J.OC de masse, donc partiellement selon moi, dépendant du « lieu » où on l'aura lancée. Les autres aspects : race, langue, white collar ou manuel, lettré ou illettré se poseront tout de mène, mais beaucoup de choses dépendront de la base, du lieu ou du milieu où l'on aura établi la section.

c/ Ce sont là déjà, des « problèmes de gouvernement ». Et nous n'avons qu'un nombre très limité de gars et d'aumôniers... pas un seul pour le moment ne se pose ces questions. Ceci m'amène au problème cléf : « les hommes ». Les gars sont « braves », les filles le sont plus encore, vous voyez ce que je veux dire. Ils ont des allures de parfaits « office bearers » et vous écrivent des rapports avec un langage fleuri, mais ce ne sont pas des leaders. Ils pourraient suivre avec enthousiasme tout ce que je pourrai leur proposer, mais le comprendraient-ils « par le dedans » ? De plus, beaucoup sont habitués à respecter tellement le prêtre qu'ils n'ouvrent jamais la bouche devant-lui. Même chose à l'égard du patron et même à l'égard de « leur père ».

Les aumôniers,ce sont eux qui devraient former ces "hommes", les fairè parler de leur vie d'usine, proposer quelques actions, former leur, jugement, nourrir leur vie spirituelle.... Bon sang qu'ils sont tous loin de tout celai Ce qui se passe en dehors des murs de .1'église ou de l'école, on n'en sait rien, ou on lance"des généralités "massues", rien à faire, impossible* pas le temps, etc.«* Pour eux aussi, l'enquête, la revision d'influenoe va être un excellent moyen de formation ....bien nécessaire.

Où trouvera-t-on les quelques grands types laïcs ou aumôniers sur lesquels la J.O.C. indienne pourra se reposer pour son extension, son orientation ? Ce n'est pas en un mois que cela se décroche. Il est des choses qui ne s'obtiennent que dans le jeûne et la prière ! II faudra vous y mettre car personnellement, je n'ai jamais été très fort dans ce genre de choses.

Voilà ce que j'ai vu. Voilà ce que je tente. Voilà ce qui me préoccupe. Ce sera très lent, très lent. Il me faudra une patience toute surnaturelle. Je suis en Inde, mais ils sont 360 millions autour de moi. Ce que nous faisons pour l'Inde, est-ce suffisant ? Je n'ai pas de projets sensationnels en tête, mais je crois que cette question doit toujours nous être posée.


QUELQUES AUTRES POINTS EN VRAC.

L'enquête préparatoire à Rome. Calcutta l'a déjà démarrée. Madras s'en occupera dans deux ou trois mois mais je crois que ce sera assez sérieux. Bombay, je ne sais pas.

Les délégués pour Rome. Il faudrait d'abord essayer d'avoir des délégués valables. Le voyage coûtera 3.000 roupies par tête. Pour un ouvrier, cela représente 3 ans et 3 mois de travail. Cela ne sera pas facile à décrocher.

Je vous ai parlé de mon séjour à Poona et des séminaires de cette ville dans une de mes précédentes lettres.

A Bangalore, j'ai assisté au Congrès des Universitaires. Leur effort pour participer à la construction de l'Inde, leur esprit « indien » sont remarquables. Organisation assez étendue... il y a tant de prêtres dans les écoles ! Technique d'action pas encore au point. Sympathie pour la J.O.C. Très grand prestige de Mgr. Cardijn. Je travaille souvent avec le Père Ceyrac.

Mgr. Mathias me donne un appui total et très affectueux. Il sait qu'il faut que la J.O.C. s'étende et il me donnera la liberté nécessaire pour cela.

Tous vos avis, vos conseils, vos impressions comme toutes vos nouvelles seront les bienvenues. J'ai besoin de beaucoup de matériel extérieur à l'Inde pour réfléchir.

Merci.

Madras, le 7 juillet 1956.



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